La catastrophe était redoutée. Elle est désormais officielle : le golf du château de Moulafoison, à La Hulpe, a dû fermer temporairement ses portes. En cause : une herbe tellement sèche qu’il n’est tout simplement plus possible d’y jouer dans des conditions acceptables. Une nouvelle victime du changement climatique, et pas des moindres.

Quelques brins d’herbe jaunis, un fairway qui ressemble davantage à une steppe d’Asie centrale qu’à un terrain de golf et des greens tellement secs qu’ils donnent au joueur l’impression de putter sur une plaque de carton. Jean-Hubert et Charles-Edouard n’en auraient presque pas reconnu leur 18 trous familier. Pour les habitués du très chic golf du château de Moulafoison, c’est un véritable drame.

Un bouleversement

« C’est quand même incroyable », déplore Charles-Edouard, qui avait prévu de jouer ce mardi matin avec son ami Jean-Hubert, Bebert pour les intimes. « On avait réservé notre départ à 10 h 20. On avait prévu dix-huit trous, puis déjeuner. Et là, on nous explique que l’herbe est trop sèche. Je n’ai pas manqué de dire au préposé toute l’étendue de mon ire ! »

Jean-Hubert, lui, ne décolère pas non plus. « On nous parle du changement climatique depuis des années, mais maintenant ça commence vraiment à devenir personnel », peste-t-il. « Avant, on pouvait tranquillement faire une partie de golf en août. Maintenant, même ça, on nous l’enlève. Après quoi ? Ils vont nous dire qu’on ne peut plus boire un verre en terrasse parce qu’il fait trop chaud ? »

Que diantre

Le plus rageant, selon les deux hommes, est que cette fermeture intervient précisément au moment où ils avaient enfin trouvé un peu de temps pour profiter de leur été. « On avait organisé ça depuis trois semaines », explique Charles-Edouard. « Jean-Hubert avait déplacé son rendez-vous chez la pédicure, moi j’avais annulé un déjeuner avec le baron de Bittambois. Et tout ça pour rien. »

Les responsables du golf auraient bien envisagé plusieurs solutions, notamment un arrosage plus important du parcours. Mais encore faudrait-il disposer de suffisamment d’eau. « On nous explique qu’il faut faire attention aux ressources hydriques, à la biodiversité, à la planète… Très bien », soupire Jean-Hubert. « Mais dans ce cas, qu’on nous trouve une solution. On ne peut quand même pas simplement accepter de ne plus jouer au golf. »

Charles-Edouard partage cette incompréhension. « Il y a bien des gens qui trouvent des solutions pour faire pousser des tomates toute l’année dans des serres chauffées. Alors je ne vois pas pourquoi on ne pourrait pas maintenir quatre ou cinq hectares d’herbe parfaitement verte pour que nous puissions jouer tranquillement. »

Une proposition aurait même été avancée : installer davantage de systèmes d’arrosage et remplacer certaines zones du parcours par des surfaces synthétiques. « Du faux gazon ? Pourquoi pas », concède Jean-Hubert. « Si c’est le prix à payer pour continuer à jouer, il faut être pragmatique. »

Et après, le ski ?

Mais derrière la colère pointe déjà une autre inquiétude : l’hiver prochain. Car Charles-Edouard et Jean-Hubert sont également de grands amateurs de sports d’hiver. Et si le changement climatique commence à empêcher le golf en été, qu’en sera-t-il du ski ? « C’est justement ça qui m’inquiète », reconnaît Charles-Edouard. « Parce que si on n’a plus d’herbe en été et plus de neige en hiver, qu’est-ce qu’on va faire ? »

Jean-Hubert se veut toutefois raisonnablement optimiste. « J’espère qu’on pourra quand même aller skier. On a déjà prévu une semaine en février. Il faudrait juste que la neige ne fonde pas d’ici là. »

Et si la neige venait à manquer ? « Eh bien, qu’on mette de la neige artificielle, bordel ! », tranche-t-il, en se permettant une rare impolitesse indigne de son standing. « On est au XXIe siècle, non ? On sait fabriquer de la neige. On sait faire des canons à neige. On sait faire des pistes indoor. On sait envoyer des satellites dans l’espace. Alors je refuse de croire qu’on ne puisse pas garantir une semaine de ski correcte à deux personnes qui ont réservé leur hôtel six mois à l’avance. »

C’est pourtant pas compliqué

Charles-Edouard acquiesce. « Voilà. On ne demande pas grand-chose. Juste que le golf soit vert en été et que la montagne soit blanche en hiver. Franchement, ce n’est pas la mer à boire. »
Pour l’heure, les deux hommes devront donc patienter. Leur partie de golf est annulée, l’herbe reste désespérément sèche et le changement climatique, lui, continue manifestement de s’en prendre aux petits plaisirs de la vie.

« Si ça continue comme ça », conclut Jean-Hubert, « je vais finir par devoir passer mes vacances en Bretagne. Et là, ce sera vraiment la fin. »

Laisser un commentaire

La CITATION

« Un doigt dans le cul a day keeps the doctor away »

~ Extrait du Mareghash-Vrantanari, Inde, XXIIe siècle avant J-C

Designed with WordPress