Une expérience scientifique ambitieuse (initulée CroustiMat) inspirée des travaux récents du CERN a échoué en Belgique cette semaine, après un incident pour le moins inattendu : la réfection de nids-de-poule sur une voirie proche de l’Université de Liège.

Mené par une équipe de physiciens liégeois en collaboration avec plusieurs laboratoires européens, le projet visait à reproduire et étendre une avancée majeure réalisée récemment à Genève, où des antiprotons avaient été transportés avec succès sur quelques kilomètres à l’intérieur du site du CERN. Cette première mondiale avait démontré la possibilité de déplacer de l’antimatière sans perte, grâce à un dispositif cryogénique sophistiqué maintenant les particules en suspension dans un vide extrême.

Un transfert plus ambitieux

Forts de ce succès, les chercheurs belges avaient entrepris une étape supplémentaire : transporter un échantillon d’antiprotons sur une distance réelle, entre un site de stockage temporaire et un laboratoire de précision situé à proximité de Liège. L’objectif était de confirmer que ce type de transfert pouvait être réalisé hors environnement ultra-contrôlé, condition essentielle pour permettre à terme des analyses plus précises dans différents centres de recherche européens.

Des vibrations fatales

Le problème, c’est que les chercheurs n’avaient pas tenu compte des foutus travaux qui pullulent sur nos routes. Selon plusieurs sources concordantes, le camion transportant l’équipement a dû ralentir brusquement à l’approche d’un chantier de voirie imprévu, destiné à réparer une série de nids-de-poule particulièrement marqués. Un tweet de Michaël Peccecino, astrophysicien de l’Université de Liège et chef du projet, révèle toute l’ampleur du désastre en des termes très peu ambigus : « C’est avec moult tristesse que je vous annonce l’échec de l’expérience Croustimat du fait de l’état merdique de nos routes et de travaux non annoncés par ces enculés du SPW Mobilité ».

Hélas, trois fois hélas, les vibrations engendrées par le passage sur une portion de route dégradée auraient perturbé le champ magnétique du dispositif, puis par l’arrêt du camion quelques mètres plus loin pendant 30 minutes, le temps que l’ouvrier, qui était parti s’enfiler quelques bières sur son temps de midi, ne bouge sa grue. Quelques secondes plus tard, les instruments de mesure ont signalé une perte progressive du signal caractéristique des antiprotons. « Nous avons immédiatement compris que quelque chose n’allait pas », confie Michaël Peccecino. Le temps que nous retrouvions les ouvriers responsables du chantier, au terme de recherche dans les 46 bars du coin, c’était déjà trop tard. »

La faute à pas de chance

Du côté du SPW Mobilité et Infrastructures, on reconnaît une part de responsabilité dans cet échec cuisant. « Hélas, toute cette triste affaire est le résultat d’une conjonction de circonstances qui auraient pu être facilement évitables, déplore Christophe Li-Roland, responsable épandage et nids-de-poule au SPW Mobilité. L’expérience a eu lieu vers 11h30, et comme tout le monde le sait, nos ouvriers prennent une pause midi entre 11h et 15h30. Par ailleurs, les nids-de-poule dans la rue en question ont au moins 25 ans, et il a fallu évidemment qu’on décide de les rénover le jour d’une telle expérience. Il faut dire que l’un d’entre eux avait atteint 47 mètres de profondeur, ce qui avait provoqué le lancement d’une procédure de réfection d’urgence, suite à la disparition de 3 piétons, qui a débouché sur un signalement en 1996. Hélas pour l’Université de Liège et la science, nous avons joué de malchance. »

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