C’est une mise en œuvre pour le moins chaotique de l’accord de l’Arizona sur l’expulsion accélérée des détenus en situation irrégulière. Selon plusieurs sources, notamment au sein d’ONG, les premières expulsions ont bien eu lieu cette semaine. Problème : les personnes expulsées ne correspondent pas exactement aux critères prévus.
Au lieu de cibler des détenus étrangers sans titre de séjour, l’administration aurait procédé à l’éloignement de plusieurs dizaines de citoyens belges, condamnés notamment pour fraude fiscale, abus de biens sociaux et montages financiers douteux. Des profils « parfaitement intégrés », selon un haut fonctionnaire, « parfois même un peu trop ».
Une erreur humaine très humaine
À l’origine de ce couac, un certain Robert – prénom d’emprunt -, agent administratif au sein du service Expulsion du SPF Asile & Migration, chargé de la transmission des listes à l’Office des étrangers. Employé discret, décrit comme « rigoureux mais qui picole un peu trop », il aurait sélectionné la mauvaise colonne dans un fichier Excel.
« Il s’agit hélas d’une erreur tout ce qu’il y a de plus humaine mais qui prête à de lourdes conséquence, a reconnu la porte-parole de la ministre de l’Asile et de la Migration Anneleen Van Bossuyt. Un collègue témoigne : « Robert utilise Excel tous les jours mais parfois il est un peu distrait. Surtout que c’était à 13h30 juste après le cassoulet de midi, qu’il avait arrosé de 2 ou 3 bières, et que Robert a souvent tendance à piquer du nez à ce moment-là. Du coup il a confondu la colonne “nationalité” et avec la colonne “niveau de revenus non déclarés”. Il a trié par la mauvaise, ce qui est d’autant plus con qu’il suffit de regarder les noms de famille bien belges pour voir que ce ne sont pas les étrangers à expulser. Ce sont des gens de chez nous bien respectables, condamnés pour fraude fiscale, et pas ces étrangers qui volent dans les épiceries pour manger ».
Résultat : au lieu d’identifier des personnes en séjour irrégulier, le système a isolé… des contribuables particulièrement créatifs, dont certains disposaient de comptes aux îles Caïmans.

Des expulsions difficiles à expliquer
Plusieurs expulsés auraient été reconduits à la frontière belgo-luxembourgeoise dans un certain flou administratif. L’un d’eux, ancien consultant en optimisation fiscale, affirme avoir été déposé au hasard « quelque part à Luxembourg-ville », mais, selon nos informations, il aurait profité de sa présence dans le paradis fiscal pour régler quelques affaires dont il n’avait pu s’occuper depuis son séjour en prison.
« On m’a dit que c’était une procédure accélérée. Je ne pensais pas que c’était aussi littéral, a-t-il déclaré, visiblement encore sous le choc. J’ai eu beau leur dire qu’ils se trompaient et leur montrer que je n’avais pas le bon niveau de bronzage, mais ils ne m’ont pas écouté. »
Du côté du cabinet de la ministre, on évoque un « incident isolé » et on assure que « des vérifications supplémentaires seront mises en place, notamment l’ajout de photos d’identité haute définition dans le fichier Excel pour éviter toute ambiguïté et reconnaître immédiatement les étrangers à leur faciès ».
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