C’est une histoire qui illustre, à sa manière, les bouleversements en cours dans le monde du travail. Un graphiste travaillant dans un bureau de communication à San Francisco a récemment été licencié après avoir lui-même encouragé l’usage de l’intelligence artificielle au sein de son entreprise, après que ses supérieurs se soient rendu compte que l’IA pouvait faire plus ou moins le même boulot mais en beaucoup moins cher.
Selon plusieurs sources internes, ce salarié, passionné par les nouvelles technologies, avait pris l’initiative de présenter à sa direction différents outils d’IA capables de générer des visuels, des maquettes ou encore des concepts graphiques en quelques secondes. Son objectif : moderniser les méthodes de travail et améliorer la productivité de l’agence.
Lors d’une réunion, il aurait ainsi démontré comment ces solutions pouvaient accélérer certaines tâches chronophages, notamment en phase de conception. « Il ne voyait pas l’IA comme un remplacement, mais comme un complément à son travail », confie un collègue sous couvert d’anonymat. Mais la direction n’aurait pas interprété ces démonstrations de la même manière. Convaincue par l’efficacité des outils présentés, elle aurait rapidement envisagé une réorganisation interne. Quelques jours après cette présentation, le graphiste a reçu un mail écrit par ChatGPT pour l’informer de la suppression de son poste.
« On lui avait dit que ça pouvait être potentiellement dangereux pour son propre job, mais il est un peu con comme un manche à balle et il nous a dit qu’on était trop négatifs, il a commencé à nous rire au nez en disant qu’on ne comprenait rien, explique un autre collègue. C’était pourtant pas compliqué de voir que pour la direction, à travail plus ou moins égal, c’était beaucoup plus facile de garder l’IA que lui, surtout qu’il a tendance à puer des pieds. Et donc il a fini par être viré comme un gros con. L’autre jour on a été manger à l’extérieur avec des collègues et on l’a croisé au un bureau de chômage. Là c’est nous qui avons bien rigolé. »
« La décision s’inscrit dans une réflexion globale sur l’optimisation des ressources et l’intégration de nouvelles technologies, a indiqué la direction dans une brève vidéo générée par CoPilot dans un mail envoyé à tout le service. Une formulation qui laisse peu de doute sur le rôle joué par l’intelligence artificielle dans ce licenciement.
L’affaire a suscité de nombreuses réactions en interne, oscillant entre incompréhension, inquiétude et franche rigolade. Certains salariés redoutent désormais que d’autres postes soient concernés à moyen terme. D’autres dénoncent une décision brutale, voire cynique. L’écrasante majorité s’accorde à dire qu’on peut difficilement faire plus débile que leur ex-collègue graphiste.
Ce cas relance en tout cas le débat sur l’impact de l’intelligence artificielle sur l’emploi, en particulier dans les secteurs créatifs. Si ces outils offrent des perspectives inédites en matière de production et d’innovation, ils posent aussi la question de la place de l’humain dans des métiers jusqu’ici considérés comme difficilement automatisables.
Contactée, la direction de l’agence n’a pas souhaité apporter de précisions supplémentaires. De son côté, l’ancien salarié envisage de se lancer en indépendant, avec l’intention de continuer à utiliser ces technologies — mais cette fois à son propre compte.

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